Colombes : le maire compare les forces de l’ordre à la police de Vichy, Darmanin veut porter plainte

L’élu des Hauts-de-Seine a évoqué les policiers qui selon lui « avec le même zèle » que ceux de l’époque « traquent les migrants, les sans-papiers, les déboutés des droits humains », provoquant la réaction courroucée du ministre de l’Intérieur.

Joseph Darnand, secrétaire général au maintien de l'ordre, et le sous-préfet de Vichy, pendant la minute de silence lors de la prise d'armes au monument aux morts à Vichy, vers 1940.

Le discours a quelques jours mais la polémique est montée dimanche. Le ministre de l’Intérieur a annoncé vouloir porter plainte contre le nouveau maire EELV de Colombes (Hauts-de-Seine), après que celui-ci a dressé une filiation entre les forces de l’ordre actuelles et celles de Vichy.

« Les policiers français, les gendarmes français qui ont obéi aux ordres de leurs supérieurs en mettant en œuvre la rafle du Vel d’Hiv, et d’autres rafles encore après et ailleurs, sont les ancêtres de ceux qui aujourd’hui, avec le même zèle, traquent les migrants, les sans-papiers, les déboutés des droits humains, ces êtres vivants qui essaient de survivre dans le dénuement », a déclaré Patrick Chaimovitch lors de la commémoration qui s’est déroulée dans la commune le 19 juillet.

VIDÉO. Colombes : le maire compare les forces de l’ordre à la police de Vichy

Un propos qu’il a confirmé le lendemain sur Twitter, voyant dans cette cérémonie « un moment émouvant au cours duquel j’ai tenu à faire le lien entre la rafle du Vel d’Hiv et d’une part tous les génocides avant et après le nazisme ; d’autre part les migrants pourchassés partout en Europe parce qu’ils sont différents ».

Mais son propos a fait le tour des réseaux sociaux dans la semaine et des syndicats de police ont demandé à leur ministre de réagir.

Le maire regrette que ses propos aient « pu porter à confusion »

Dimanche soir, Gérald Darmanin a donc répondu sur le réseau social : « si les propos scandaleux et insupportables envers la police et la gendarmerie de la République sont confirmés, je déposerai plainte envers le maire de Colombes qui a comparé les forces de l’ordre à la police de Vichy », a-t-il écrit dimanche dans la soirée.

« Confiance et soutien aux forces de l’ordre visées par des propos inacceptables », a poursuivi en fin de matinée ce lundi la préfecture de police de Paris, tandis que la préfecture des Hauts-de-Seine dénonçait également « l’amalgame inacceptable réalisé par le maire de Colombes entre la police de Vichy et la police et la gendarmerie républicaines ».

Dans un communiqué publié ce lundi midi, le maire dit « regretter que [s] on propos ait pu porter à confusion » et rappelle son « soutien aux policiers et aux gendarmes qui exercent la lourde responsabilité républicaine de sécurité dans des conditions extrêmement difficiles ».

« Il n’y a pour moi aucune comparaison possible entre police et gendarmerie d’un Etat démocratique d’une part, et police et gendarmerie de l’État pétainiste d’autre part », insiste Patrick Chaimovitch, réfutant tout parallèle entre « le sort des migrants » et celui « des Juifs promis à l’extermination ». En mairie de Colombes, on espère désormais que ce communiqué suffira à apaiser les esprits et éteindre la polémique.

« On ne peut pas comparer des choses qui ne sont pas comparables »

Il rétablit en tout cas une certaine nuance qui faisait défaut au discours initial, selon l’historien Jean-Marc Berlière. Pour l’auteur de « Polices des temps noirs » (éd. Perrin), spécialiste des forces de l’ordre sous Vichy, « on ne peut pas comparer des choses qui ne sont pas comparables. Ces propos, c’est n’importe quoi. »

Le professeur émérite de l’université de Bourgogne estime que « la police n’a pas fait preuve d’un zèle particulier » lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver, la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Entre les 16 et 17 juillet 1942, 13 150 personnes, dont près d’un tiers d’enfants, sont arrêtées avant d’être déportées vers Auschwitz.

« Cette opération était exigée par les nazis, qui voulaient au moins 20 000 arrestations, reprend Jean-Marc Berlière. Ils avaient d’ailleurs estimé que la police française avait mal fait son travail, qu’elle aurait pu arrêter plus de monde. Alors oui, il y a eu des salauds, comme il y en a partout, mais c’est inexact de dépeindre tous les policiers de l’époque comme des bouffeurs de Juifs. »

travail...

Un commentaire sur “Colombes : le maire compare les forces de l’ordre à la police de Vichy, Darmanin veut porter plainte

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s